Les pays du Golfe face au piège américain.

Un nouveau positionnement iranien. 

 Les gardiens de la révolution n’étaient pas à l’aise suite aux propos formulés par le président, Massoud Pezeshekian à l’égard des dirigeants arabes pour s’excuser des frappes militaires contre leurs pays. Bien que les informations qui filtrent de « la république islamique » soient rares, plusieurs sources confirment la mainmise des gardiens de la révolution sur la vie politique et militaire dans le pays depuis l’assassinat d’Ali Khaminei. Des rumeurs circulent révélant le mécontentement des chefs du CGRI, après les déclarations du président. Ils pensent que l’Iran ne doit pas s’excuser de son droit légitime à se défendre même si cela viole la souveraineté de pays voisins. C’est l’aile dure du régime chiite, pour ne pas dire extrémiste, qui s’installe au pouvoir et c’est l’effet inverse de ce que a été souhaité par les Américains.

Au sein de ce régime théocratique autoritaire, le clergé chiite joue un rôle fondamental dans les temps calmes lorsque l’Etat exerce son droit de gouvernance, mais en temps de guerre la situation semble être complétement différente. Ce sont les forces armées et les milices du régime qui prendront l’Etat en main. Bien que ce changement de commandement soit commun à presque toutes les nations, le cas de « la république islamique » est bien différent. Le mot république n’a aucun sens en Iran ou plus précisément elle a un sens distinct de sa sémantique et ses implications en Occident. Même la combinaison république et islamique semble être plus proche d’un maquillage de façade que d’une vraie intégration des valeur démocratiques en Islam ou vice-versa. 

L’architecture de l’Etat en Iran est d’une forte complexité où toutes les décisions émanant des multiples structures de gouvernance civiles et militaires semblent converger vers le guide suprême. Par ailleurs, cette guerre a démontré que même le guide suprême dépends des gardiens de la révolution et que c’est eux qui l’utilisent pour doubler leurs pouvoirs militaires de pourvoir spirituelle face aux acteurs politiques. Et c’est dans ce contexte-là que s’inscrit le choix de Mujtaba Khameniei pour succéder à son père malgré le code chiite qui interdit la succession, at-tawrith, à la tête de Wilayat al-Fakih

 La trahison américaine.

En temps de guerre, personne ne dispose d’informations fiables. Seuls les militaires et les services de renseignement qui en disposent. Par contre, les déclarations du président Trump et de ses conseillers laissent filtrer certaines données clés relatives aux plans américains et aux objectifs de la maison blanche. Les récentes déclarations de Lindsey Graham, par exemple, ont suscité de fortes réactions dans le monde arabe, où les pays du Golfe passent à l’offensive après des décennies de modération et de retenu face à l’arrogance atlantique.

Cette guerre, est-elle américaine ou israélienne ? Est-ce une guerre israélo-américaine ? Quelle est sa vraie cible ? Pourquoi aucun autre pays n’était au courant de ces attaques ? Un grand nombre de questions reste sans réponse, mais tout le monde est au courant des conséquences. Aujourd’hui, le président Trump demande aux pays du Golfe de déclarer la guerre à l’Iran et de rejoindre les frappes américaines contre leur voisin. Il demande également aux Européens et à tous les pays importateurs de pétrole de participer militairement à la sécurisation du droit d’ Hormuz. Il semble que les décideurs de cette guerre soient pris au piège et cherchent une porte de sortie. Selon le Wall Street Journal, cinq personnes seulement étaient au courant de la mésaventure, le Président Trump, JD.Vance le vice-président, Marco Robio, le sécuritaire d’Etat, Pete Hegseth, ministre de la guerre et le général Dan Caine, chef d’état-major interarmées.

Quant à Netanyahou, il dispose de son propre plan dans lequel les USA ne sont qu’un acteur parmi d’autres. Israël compte sur l’aide américaine et sur les approvisionnements en armes et en munitions et il dépend fortement des renseignements et satellites américains. Cette guerre n’aurait jamais eu lieu sans l’aval des Américains et plus précisément du premier cercle autour du président Trump. Tel-Aviv n’a rien à perdre et a le tout à gagner. Netanyahou a achevé le nettoyage de Gaza faisant des centaines de milliers de morts et de blessés et laissant derrière lui une bande en ruine. Face à l’inertie internationale et l’impunité dont jouissait les dirigeants israéliens, le chef du gouvernement a trouvé le moment propice pour déclencher une nouvelle guerre et asseoir la domination d’Israël sur tout le Moyen-Orient.

Par ailleurs, le contexte américain a beaucoup changé à la fois à l’intérieur des USA et dans le monde si on le compare à la précédente guerre du Golfe en 1991 et aussi en 2003. La mainmise des Américains sur les ressources énergétiques dans le Golfe ne fait plus l’unanimité sur la scène internationale. Car même les pays du Golfe qui étaient jusqu’à hier très généreux avec l’oncle Sam, risquent de changer de comportement après la grande trahison. D’autre part, le changement du régime iranien ne semble pas envisageable à court terme, si ceci est la vraie raison de l’attaque contre Téhéran. 

La réaction attendue du CCG.

Ils sont les grands perdants de cette offensive militaire, bien qu’ils ne soient pas responsables de son déclenchement. Par contre, tous les indicateurs informent d’un changement radical qui va caractériser la réaction des pays du CCG dans le moyen et le long terme. L’alliance sécuritaire et de défense conclue depuis des décennies avec les USA s’est avérée inefficace. Les Américains se sont contenté de protéger leurs soldats et leurs bases militaires laissant les installations des pays hôtes à découvert. Washington a préféré de s’aligner sur le plan israélien en sacrifiant la sécurité de ses alliés arabes.

Par ailleurs, les pays du Golfe savent pertinemment que l’administration américaine n’a pas d’alliés ou d’amis. Ce sont les intérêts directs des grandes compagnies qui prévalent toujours et qui dictent la ligne politique à suivre. Même le Président, n’est en fait qu’un simple exécuteur des plans échafaudés par les grandes fortunes et leurs ramifications politiques, et idéologiques. Si le socle financier et économique demeure le moteur des plans américains, des motivations bibliques, dogmatiques, voir messianiques restent attachées au tronc fondateur. « La guerre des derniers temps » n’est pas loin de l’esprit de ceux qui dirigent la maison blanche, ce qui justifie en grande partie les déclarations choquantes de certains hauts responsables américains.

De leur côté, les pays du CCG ont entrepris depuis une trentaine d’années de grands projets de développement leur permettant de se positionner en tête des indicateurs internationaux. Ils ont également développé une infrastructure incomparable aux autres pays arabes comme les routes, les aéroports, les ports, les chaînes d’approvisionnement, les médias, les universités… Ceci leur a permis de devenir une destination incontournable pour les hommes d’affaires, les grandes entreprises, les capitaux d’investissement, mais aussi pour les cadres et la main d’œuvre. Aujourd’hui, des voix et des analyses locales considèrent que la guerre israélo-américaine cherche à freiner cet élan de développement. Pour atteindre cet objectif, Israël dispose de plusieurs options. L’ancien ministre des affaires étrangères qatari et l’actuel ministre des affaires étrangères omanais ont explicitement évoqué la volonté américaine d’attirer les pays du CCG dans le piège iranien. L’objectif est de leur imposer des contrats militaires qui videront leurs fonds d’investissement et épuiseront leurs réserves pour le développement. Il ne faut pas oublier que cette guerre tombe à mi-chemin des plans de développement ayant pour phase finale 2030, principalement pour le Qatar et l’Arabie Saoudite.

L’autre option est de calquer le modèle irakien des années quatre-vingt lorsque Saddam Hussein est parti en guerre contre l’Iran pendant presque une décennie ce qui a causé l’effondrement total de son économie. C’ était une guerre d’épuisement ayant engendré la mort de plus d’un million de personnes de chaque côté. On se rappelle toujours, comment cette situation l’avait poussé, par la suite, à envahir le Koweït et a scellé le sort de son régime et le sort de l’Irak. N’oublions pas non plus que Bagdad pendant les années soixante-dix et quatre-vingts avait presque le même statut de développement que celui des pays du Golfe aujourd’hui. C’est ce type de conflit que les Israéliens cherchent à imposer aux pays de la région, une guerre d’usure et d’autodestruction. Sauf que cette fois-ci, les pays du Golfe sont conscients du plan israélien et des desseins de Netanyahou. Ils sont différents de Saddam Hussein qui était déconnecté de la réalité autour de lui et a facilement mordu à l’hameçon tendu par l’administration américaine et Madeleine Allbright.

Celle-ci est, à notre avis, une lecture recevable, car Israël ne va jamais accepter l’émergence de pays arabes développés capables de rivaliser avec son statut autoproclamé de « seule démocratie au Moyen-Orient ». L’image d’un pays développé entouré de pseudo-Etats en phase de décomposition est le meilleur scénario qui conviendrait à un Etat colonial. Ceci est bien confirmé par l’exercice de déstabilisation que les différents gouvernements israéliens aient provoqué dans les pays voisins ; au Liban, en Egypte, en Syrie et en Irak. Par cette stratégie du chaos qui a également soutenu le coup d’Etat en Egypte contre le processus démocratique après la révolution du 2011, Tel-Aviv mobilise son arme le plus redoutable.

Le chaos et le désordre sont deux conditions indispensables à la viabilité du plan expansionniste de l’extrême droite israélienne. Il s’agit d’une politique ségrégationniste à l’intérieur de la Palestine et une politique déstabilisatrice dans le monde arabe. Ce schéma n’épargne pas les pays alliés ou ceux qui entretiennent des relations cordiales avec son gouvernement comme les Émirats Arabes Unis qui ont subi les plus lourdes pertes. De son côté, le Sultanat d’Oman qui a normalisé ses relations avec l’Etat hébreu, était la cible de missiles inconnus, iraniens ou peut être israéliens ! La volonté d’impliquer par tous les moyens les pays du Golfe dans cette guerre explique également le bombardement des infrastructures énergétiques en Arabie Saoudite, au Bahreïn et au Koweït.

Aujourd’hui, l’activité diplomatique dans le Golfe a atteint son apogée et les appels à l’unité régionale font l’unanimité en dépassant les signes des rivalités habituelles entre les membres du Conseil. Le CCG, est plus que jamais devant un moment historique. Il doit réagir à la hauteur de la catastrophe qui s’est abattue sur la région. Tous les efforts diplomatiques, les plans de paix, les initiatives de bonnes intentions ou même l’inscription dans le projet de la religion Abrahamique n’ont pas abouti à une paix durable. Face à l’Iran, le CCG a multiplié les appels l’invitant à se conformer aux principes du bon voisinage en demandant à Téhéran de mettre fin à ses projets d’ingérence dans les affaires internes des pays arabes. Côté américain, ils ont offert aux administrations américaines successives tout ce qu’elles avait souhaité, et même plus, mais en vain. 

Ceci va motiver, à notre avis, une réaction collective radicale dans les trois directions. Face à l’Iran, accusé de violer la souveraineté de pays voisins et mettre en danger la vie de ses citoyens, les relations vont connaître une nette régression sur tous les plans. Quant à la relation avec Israël, les projets de normalisation et de paix régionale vont voir leur fin suite à l’implication israélienne dans la déstabilisation des pays du Golfe. De leur côté, les Américains, accusés de trahison, ne vont plus bénéficier des mêmes largesses qu’auparavant et ceci pourrait impacter considérablement le statut de leur présence militaire au Moyen-Orient.

Cette guerre annonce la fin d’une époque dans les relations entre les USA et le monde arabe principalement dans le Golfe. Il paraît évident aujourd’hui pour tous les protagonistes, que compter sur une puissance étrangère pour protéger ses sources de richesses et ses caisses de développement n’est qu’une aventure hautement risquée. Le plan de sauvetage du Golfe doit avant tout prendre en considération leur dépendance sécuritaire, mais aussi alimentaire, industrielle et technologique s’ils veulent s’affranchir définitivement de la tutelle américaine. 

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