Attaques et bombardements
Si les Israéliens ont gardé le silence face aux attaques ayant causé l’embrasement du Golfe, les Iraniens ont formulé leurs excuses à tous les pays touchés par les bombardements. Le président iranien, Masoud Bezichkian a formulé ses sincères excuses aux pays arabes, en soulignant qu’ils ne sont pas les ennemis de l’Iran, mais les attaques ciblent la présence américaine dans leurs pays. Au même moment, les missiles iraniens et les drones continuent à s’abattre sur les infrastructures aux Émirats Arabes Unis, au Qatar, au Koweït, au Bahreïn et en Arabie Saoudite.
Ce double discours et ce décalage entre les actions et les paroles poussent à émettre deux postulats. Le premier témoigne de l’existence d’une séparation entre le politique et le militaire, aujourd’hui en Iran. Les Gardiens de la Révolution sont les maîtres de Téhéran et ce sont eux seuls qui décident de la direction des attaques. Ceci pourrait être un choix stratégique en temps de guerre pour préserver la structure du commandement de toute nouvelle décapitation. Le deuxième postulat se résume par un choix délibéré où les rôles sont répartis entre politiciens et militaires. Le rôle des premiers et de négocier, d’apaiser et de gagner du temps vers un possible cessez-le-feu ce qui va faciliter les négociations de l’après-guerre surtout avec les pays arabes. Quant au rôle des militaires, il se traduit par l’intensification des frappes afin de causer le plus possible de dégâts chez les trois adversaires, les Américains, les Israéliens et les pays du CCG.
Ce choix va coûter cher aux Iraniens, car ils vont perdre des amis de taille comme les Omanais et les Qataris. Le Sultanat d’Oman s’est efforcé jusqu’à la dernière minute de convaincre les Américains d’éviter toute frappe militaire contre Téhéran. De son côté, Doha a cherché longtemps à convaincre les Iraniens de trouver un accord avec Washington concernant le dossier nucléaire pour éviter toute confrontation militaire. Les deux pays étaient considérés comme amis et alliés du régime iranien, mais Téhéran avait un autre avis et n’a pas hésité une seconde à bombarder les infrastructures dans les deux pays. Le régime en Iran pense que les attaques contre la structure économique des pays alliés des Etats Unis va exercer une forte pression sur la Maison Blanche pour cesser ses attaques. Ils pensent en répandant le chaos autour d’eux qu’ils impliqueront tout le monde dans l’incertitude afin d’affecter les intérêts américains dans la région. Par contre, la punition collective s’est avérée un choix stérile sur le long terme, car il va priver l’Iran de son voisinage historiquement pacifique même envers ses aventures et ses entreprises en Irak, au Yémen et en Syrie.
Les desseins de Netanyahou.
Il est l’origine même de cette escalade dangereuse. Par contre, personne ou presque ne connaît les détails de ce projet ni sa substance fondamentale. Il s’agit d’un plan politique déguisé en promesse divine qui donne tout le Moyen-Orient ou presque à l’Etat d’Israël, ce qui constitue dans le lexique politique du Likoud, « le grand Israël ». Il ne s’agit pas d’une illusion, mais c’est bien un projet politique avec une carte qui englobe la Jordanie, le Liban et qui s’étend du Nil à l’Euphrate en Irak en passant par l’Arabie Saoudite, le Koweït et la Syrie.
Le dossier nucléaire n’est en fait qu’un prétexte qui va servir pour le maquillage du plan principal, un plan de colonisation et d’occupation par les armes des terres d’autrui. Un grand nombre d’observateurs et d’analystes surtout dans le Golfe ont souligné les avancés enregistrés récemment lors des négociations avec la médiation du Sultanat d’Oman et du Qatar. Les responsables iraniens étaient prêts à faire des concessions supplémentaires pour éviter la confrontation avec l’administration Trump surtout après le kidnapping du président vénézuélien Madero. Ils étaient conscients de l’emprise qu’avait Netanyahou sur toute l’administration américaine et du fait que les deux préfèrent la guerre.
Par ailleurs les deux projets, américain et israélien sont distincts. Washington cherche un « régime change » afin de placer à la tête du pays une équipe plus souple qui va certainement leurs faciliter de mettre la main sur les ressources du pays comme c’était le cas au Venezuela. Quant à Netanyahou, il cherche à semer le chaos dans la région et à attirer les Iraniens vers une longue confrontation avec leurs voisins Arabes ce qui va lui faciliter la réalisation de son plan. L’Iran a malheureusement mordu à l’hameçon et a bombardé ses voisins réalisant la première étape du plan israélien. Affaiblir tous les pays de la région par une guerre d’usure sera la porte d’entrée au projet du « grand Israël ». La déstabilisation du Moyen-Orient ne se limite pas pour les extrémistes israéliens au génocide du peuple palestinien, ni au bombardement du Liban, mais cherche à copier le modèle irakien partout dans la région.
Israël ne cherche pas la paix, car la paix signifie la fin des rêves de l’extrême droite et la fin du colonisation qui est la pierre d’angle de la politique israélienne. Les Arabes ont proposé à Tel-Aviv plusieurs projets de paix qui tentent de mettre fin à la politique expansionniste et la construction des colonies dans les terres palestiniennes, mais en vain. Dans ce contexte de forte désintégration et de conflits internes que connaît le monde arabe depuis des décennies, l’extrême droite israélienne trouve le moment propice pour mettre en application son plan de contrôle de tout le Moyen-Orient.
Par contre, le plan Netanyahou a manqué une variable fondamentale, les peuples arabes. Certes, ils sont aujourd’hui les grands absents des confrontations qui secouent la région, mais formeront la condition principale de tout plan de paix durable. Quand les sociétés arabes trouveront le chemin de la liberté, tous les plans de colonisation et d’occupation vont se volatiliser laissant derrière eux ruines et désordre.
La réaction du CCG.
C’est la question principale aujourd’hui. Comment les pays du Golfe vont-ils réagir à l’agression iranienne ? Quelles seraient les mesures entreprises par le CCG ? En quoi ça affecterait l’ordre régional et international ?
Plusieurs hauts responsables (omanais et qataris principalement) ont exprimé leur volonté à mettre fin, le plus tôt possible à la guerre en insistant sur l’urgence de cette mesure avant d’évoquer la question des réponses à l’agression iranienne. De ce côté, les pays du CCG n’ont pas de doute sur les intentions de Netanyahou bien que certains pays aient accepté ses plans. Les Émirats Arabes Unis, le pays le plus lourdement touché par les attaques iraniennes, a longuement parié sur la normalisation des relations avec les Israéliens, mais se retrouve aujourd’hui abandonnés par tous ses alliés. D’un autre côté, Abou Dhabi est le pays arabe qui a mené une croisade sans précédent contre les révolutions arabes et aussi contre tous ceux qui ont refusé les plans de Mohamed Bin Zayed. Le Soudan, le Yémen, la Libye, le Qatar, l’Egypte… Ont souffert de l’ingérence meurtrière d’Abou Dhabi. Ceci a fragilisé considérablement le CCG et a répandu les conflits armés surtout au Soudan et au Yémen. Les UAE ont empêché ainsi l’ordre régional arabe de conclure à une stratégie commune de défense et de dissuasion.
Rattrapés par la réalité des faits, les pays du Golfe se trouvent aujourd’hui dans l’obligation de répliquer non seulement en direction de l’Iran, mais aussi vers d’autres protagonistes internes et externes ayant facilité cette escalade. Ces pays avec l’Arabie à leur tête, la grande sœur, réalisent que la politique régionale et internationale adoptée est obsolète et conduit vers une fin tragique. Par conséquent, Ryad doit remettre urgemment de l’ordre dans son foyer, le CCG, et couper définitivement avec la politique d’inertie et de subordination conduite par Abou Dhabi. Ni les Américains ni les Européens ne vont se soucier de la sécurité du Golfe malgré le nombre de bases militaires dont ils disposaient sur place et malgré les facilités qui leurs sont accordées. C’est non seulement la relation avec Téhéran qui fera l’objet d’une vaste révision, mais c’est avant tout la relation avec Washington qui sera mise en question après avoir trahi ses alliés.
Il existe un autre postulat faiblement recevable dans le contexte actuel. Il consiste en une réaction minimale du CCG ou bien en une réaction individuelle où chaque pays va opter pour le maintien de ses intérêts avec de vagues promesses de non-agression dans le futur. Ceci est le pire scénario pour le Golfe, et cela, pour trois raisons. Le premier concerne les plans israéliens qui ne vont jamais cesser de déstabiliser la région soit envers les pays arabes, l’Iran ou la Turquie. La deuxième raison concerne les plans expansionnistes des Mollahs où l’exportation des principes de la révolution de Khomeini est un dogme inébranlable. Quant à la troisième raison, elle est intrinsèque et concerne le Golfe comme source énergétique mondiale qui attise la convoitise de toutes les puissances économiques et les centres financiers. Ainsi, le Moyen-Orient demeurera le noyau d’attraction mondiale où tout le monde veut sa part du gâteau.
Sans force de dissuasion collective construite sur une unité politique et économique indépendante, le Golfe arabique ne connaîtra jamais la paix. Ceci passe obligatoirement par la neutralisation des rivalités internes et par mettre fin aux rêves de domination de certains pays du CCG. La Paix doit se faire avec l’Iran et pour tous les pays de la région avant que d’autres puissances ne mettent le feu partout dans une zone bâti sur un champ de mines.
