Une réussite marocaine.
Il est difficile de minimiser l’effort que les Marocains ont fourni pour organiser une version moderne de la coupe d’Afrique des nations. C’est la première fois dans l’histoire du tournoi que la réalisation et l’organisation de la manifestation soient de cette rigueur et de cette minutie.Les stades, les hôtels, les transports, le public… tout était bien préparé et parfaitement exécuté. Le Maroc a dépensé beaucoup d’argent pour mettre en place une version digne de l’image du pays de son histoire et de ses ambitions.
Rabat n’a pas organisé un événement sportif, mais a procédé à une opération de communication à l’échelle continentale qui cible des objectifs situés au-delà de la question sportive. L’infrastructure, le tourisme, l’économie, la communication, les investissements étrangers… Étaient tous inclus dans la CAN. L’image du pays était en jeu et ses capacités, à tenir un événement continental est mise à l’épreuve dans un contexte régional très tendu. Le pays se prépare également à organiser la coupe du monde 2030 ce qui a rendu la tâche encore plus délicate.
Mission accomplie selon le témoignage des participants. Rabat a placé la barre très haut et a organisé une CAN avec des standards européens. Plusieurs facteurs ont contribué à cette réussite poussée par une longue tradition d’hospitalité qui caractérise le peuple et la société marocaine en général.
La malédiction africaine.
C’est pendant la finale et durant les dernières minutes de la fin du match que le chaos a éclaté. Un entraîneur qui demande à ses joueurs de rejoindre les vestiaires, des supporteurs sénégalais qui tentent d’envahir le terrain et des ramasseurs de balles qui arrachent les serviettes… La rencontre s’est arrêtée puis reprit dans un contexte de haute tension avant de s’achever sur une victoire sénégalaise. En conséquence, la défaite du Maroc a eu l’effet d’une bombe dans le pays qui attendait ce trophée depuis des décennies. Face à l’agressivité sénégalaise et le comportement de l’entraîneur, les Marocains pensent que la coupe leur était volée, chez eux et devant leur public.
Suite au match final, les réactions s’enchaînent au Maroc, mais surtout sur le continent africain, partagé entre ceux qui soutiennent le Sénégal et ceux qui adhèrent à la cause marocaine. Des accusations de fraude et de manipulation touchent les dirigeants marocains qui ont, selon leurs adversaires, essayé par tous les moyens de gagner la coupe. Les Marocains ont acheté l’organisation de la CAN pour gagner la coupe. Ces allégations ont largement circulé surtout sur les réseaux sociaux où la confrontation a duré une bonne période de temps. De leur côté, les Marocains accusent la sélection sénégalaise de manipulation, de complot, et même de sorcellerie. Le fait de quitter le stade en jouant le rôle de la victime, pendant les dernières minutes de la fin du tournoi a mené à déstabiliser la concentration de l’adversaire et a fini par payer.
La finale de la CAN 2026 a terni non seulement l’image du football africain, mais a dégradé l’image de tout un continent incapable d’organiser un événement sportif sans violence et sans affrontements. Le foot, censé être un moyen de rapprochement entre les peuples et les nations, est devenu un moyen politique de règlement de comptes qui sert à répandre la haine et appelle à la vengeance. Est-ce un destin africain ? Pourquoi ce continent sous-développé où règne la dictature et la corruption échoue à concilier ses populations ? Pourquoi le sport ne sert qu’à occuper une population avide de victoires et d’accomplissements.
Le foot dans ce continent est par excellence l’opium des opprimés. Il est parmi les rares moyens encore capables de transformer une relation d’amitié historique comme celle qui relie le Maroc au Sénégal à une tempête d’hostilité. Il n’est plus question en Afrique de sous-développement ou de manque de moyens, mais on est face à ce qui ressemble plus à une malédiction qui refuse de se lever.
Les guerres fratricides
Si la réaction sénégalaise était compréhensible vu le contexte africain, la position de certains pays arabes l’était moins. Pourquoi toute cette animosité contre le Maroc ? Pourquoi tant de haine contre un pays arabe et maghrébin ? C’est là où réside la question arabe. Est-ce de la jalousie, de la rivalité ou de la vengeance ?
Il est difficile de trouver une réponse convaincante à toutes ces questions, bien que certaines réactions soient justifiables. L’Algérie, officielle et une bonne partie du public footballistique n’ont pas caché leur immense joie de la défaite marocaine et ont célébré la victoire sénégalaise comme si elle était la leur. Ceci s’inscrit bien sûr dans le cadre de la rivalité historique entre les deux pays voisins, une rivalité alimentée principalement par la dictature militaire algérienne. Par contre, la réaction des Égyptiens, des Palestiniens et de certains pays du Golfe… n’est pas justifiable. Certes, il ne s’agit pas d’une très grande majorité, mais la réaction intrigue ! Les réactions arabes et maghrébines sont à notre point de vue, révélatrices du mal-être arabe qui s’étend sur tous les domaines. Il est témoin d’une désintégration interne, où le succès se transforme en malédiction.
Ceci n’est pas nouveau. Hier, lorsque le Qatar a réussi à décrocher l’organisation de la coupe du monde 2022, il s’est transformé en parfaite cible d’une compagne de diabolisation que le monde arabe ait rarement connu. Le pays a fait face à toutes les accusations possibles et imaginables qui vont du discrédit à l’accusation de financer le terrorisme. Le Maroc a subi presque le même sort bien que les Marocains soient moins engagés dans des dossiers régionaux lourds comme c’est le cas du Qatar au Moyen-Orient. D’ailleurs, les Algériens accusent Rabat d’être un allié d’Israël et qu’elle a trahi la cause palestinienne ce qui explique en partie la joie de certains Palestiniens lors de la défaite du Maroc. Doha était également accusé d’être un élément déstabilisateur dans la région, car elle a soutenu le printemps arabe, abrite une base américaine et dialogue avec l’Iran. Ce que l’Algérie officielle a joué dans le cas du Maroc lors de la CAN 2006 est le même rôle joué par les Émirats Arabes Unis contre le Qatar lors de la coupe du monde 2022.
Que ce soit en football, en politique ou en diplomatie, les rivalités stériles ont coûté, et coûtent encore aux populations locales des prix très élevés. Elles se sont transformées en longues guerres fratricides continuant à consommer les efforts de stabilisation, de paix et de développement.
