Le Golfe arabo-persique est une composante géographique fondamentale dans la détermination de la sécurité et de la stabilité, non seulement au Moyen-Orient, mais partout dans le monde. Ceci vient d’être confirmé par l’attaque israélienne et américaine contre Téhéran, le 28 février 2026. La concentration des installations énergétiques et des infrastructures de développement des énergies fossiles dans cette région justifie en grande partie l’impact direct que va avoir cette guerre sur la paix régionale par la déstabilisation des dynamiques de sécurité. La région est également le lieu où se confrontent des protagonistes différents sur la base de rivalités confessionnels, idéologiques ou politiques. Les conflits incessants qui caractérisent le Moyen-Orient, au Liban, en Palestine, en Syrie, en Irak, au Yémen… sont les témoins de l’interaction active entre le confessionnel, le politique et les intérêts stratégiques et économiques.
Ce sont principalement les deux facteurs, politique et économique, qui vont peser à travers leurs ramifications et manifestations sur les équilibres de la stabilité dans la région. De plus, les enjeux internationaux relatifs à la sécurité énergétique et des rivalités économiques n’ont pas contribué à l’apaisement de la région. Ils vont, au contraire accentuer la vulnérabilité du Golfe, et cela, en deux directions. Premièrement, toutes les puissances économiques comme la Chine, les Etats Unis, l'Union européenne… cherchent à se garantir un approvisionnement régulier et constant de leurs besoins en hydrocarbures. Ceci est censé assurer un minimum de stabilité régionale capable de pacifier, non seulement les sites de production, mais aussi les voies terrestres et maritimes par lesquelles les produits sont acheminés.
Deuxièmement, deux acteurs majeurs ont profité de cette dépendance régionale et internationale, par rapport aux énergies fossiles pour réaliser des profits économiques et des acquis géostratégiques. Israël, qui constitue un acteur fondamental au Moyen-Orient, cherche, depuis l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir avec Netanyahou, à étendre sa domination au-delà de ses frontières. Le projet du « grand Israël » s’inscrit dans cette perspective. De l’autre côté, le président américain Trump a décidé de s’aligner sur la politique israélienne et d’attaquer l’Iran sans consultation de ses plus proches alliés surtout en Europe. Cette entreprise dangereuse ayant résulté de l’alliance entre les deux projets, a causé l’extension du conflit pour toucher tous les pays du Golfe avec le risque de s’étendre au-delà des champs de confrontation.
Le Golfe est caractérisé depuis longtemps par une forte dépendance sécuritaire. Les bases militaires sont présentes dans presque tout le Golfe atteignant l’Océan Indien et l’Afrique de l’Ouest. Leur présence ne semble pas avoir contribué à la pacification de la région. Outre cette dépendance sécuritaire des puissances étrangères, la région est sujette à une forte interdépendance où la déstabilisation d’une zone pourrait facilement et rapidement déstabiliser toute la région. Les équilibres stratégiques sont hautement fragiles et fortement dépendants les uns des autres où des micro-variables régionales sont capables de mettre en danger une grille de sécurité lourdement sophistiquée.
Il est très tôt de pouvoir juger ou émettre un postulat solide sur les conséquences de cette guerre surtout sur le moyen et long termes. Par ailleurs, la relecture des paramètres et conditions ayant permis le contrôle et la gestion sécuritaire (dans le sens large) de cette région depuis des décennies et plus précisément depuis la guerre du Golfe en 2003, contribuera certainement à la sélection des postulats les plus fiables. Il s’agit en grande partie de questionner les constantes et les variables qui régissent la structure sécuritaire et qui définissent les conditions de son application.
Plusieurs éléments et données permettent de cadrer les trajectoires descriptives analytiques et interprétatives de notre entreprise. Il s’agit moins de spéculer sur de nouvelles stratégies ou choix sécuritaires que de décrypter les schémas et les stratégies existantes à la lumière des données récentes sur le terrain. Nous disposons, que ce soit du côté iranien, israélien, américain ou arabe d’un nombre important d’éléments historiques capables d’éclairer les retombées de la crise actuelle. D’importantes déclarations de hauts responsables des différents côtés ont déjà proposé leurs visions de la suite du conflit et ont émis des éléments de décodage pour éclairer globalement ou partiellement les lectures et approches avancées.
D’un autre côté, la guerre actuelle dans le Golfe est fortement attachée aux conflits régionaux récents. Elle s’inscrit dans une forme de continuité surtout ceux impliquant l’Iran ou Israël comme deux protagonistes majeurs de ce conflit. Nous présumons que la chute de Bachar al-Assad en Syrie et la prise du pouvoir par un régime proche des Américains a complétement affaibli la ceinture iranienne sur le front ouest en passant par l’Irak. À cela, s’ajoute l’attaque israélienne contre la bande de Gaza et son lourd bilan humanitaire avec l’accusation du Hamas d’être un proxy iranien. Ces deux faits majeurs, auxquels s’ajoute une première confrontation directe entre Téhéran et Tel-Aviv lors de la guerre de 12 jours, sont les mêmes ramifications d’un seul socle géostratégique. Bien que la destruction du programme nucléaire iranien passe selon la doctrine militaire américaine et israélienne par un changement de régime, le plan des Etats Unis et d’Israël pour la région semble être au-delà de cet objectif déclaré.