Le PSG, la Ligue des champions et le Qatar.

Un exploit commun.

Il est évident que, sans l’investissement qatari, le PSG n’aurait pas réussi ce qu’il est en train de réussir aujourd’hui sur la scène européenne et mondiale. L’équipe de la capitale n’est plus une équipe française, mais une sélection internationale de haut niveau. Ce transfert de catégorie s’est réalisé à travers des années de reconstruction, d’échecs et de patience, avec un investissement colossal de centaines de millions d’euros. Les Qataris ont parié sur l’équipe de la capitale alors que les autres monarchies du Golfe ont préféré investir en Angleterre (Man City pour les Émirats et Newcastle United pour l’Arabie saoudite). Ce choix est motivé par plusieurs raisons, parmi lesquelles une préférence qatarie du « made in France » dans tous les domaines : sport, art, culture, langue, armement…

Certes, les Parisiens ont traversé de multiples épreuves, mais ont toujours gardé la foi dans la réussite. Leur patience et leur persévérance ont fini par payer, malgré les doutes et malgré les attaques qui n’ont épargné personne dans l’équipe. Bien que le milieu sportif soit fortement compétitif vu les enjeux mis en œuvre, il demeure un espace qui récompense le travail et la résolution. D’autre part, l’aventure du PSG n’était pas uniquement une aventure sportive, mais une aventure chargée de plusieurs dimensions. L’équipe représente la sélection de la capitale avec toute la symbolique de la capitale française et son poids européen et international. Elle est, de plus, une sélection qui cherchait une voie lui permettant de rayonner grâce à une grande réserve de jeunesse en quête de réussite et de reconnaissance. Aujourd’hui, l’équipe semble avoir trouvé son équilibre, car tout l’effort engagé dans le redressement de l’institution sportive est en train de se concrétiser et de voir le jour.

Paris-Doha.

Une relation bien singulière. D’un côté, on a un discours officiel de part et d’autre pour louer l’amitié franco qatarienne et l’inter complémentarité politique, diplomatique et surtout économique. De l’autre côté, un discours de suspicion et des campagnes médiatiques en France qui qualifient le Qatar de « l’ennemi qui nous veut du mal ». Depuis le « Qatar-bashing », aucun pays arabe n’avait connu ce que Doha a connu en France, à tel point que le pays était associé au mal, au complot et au terrorisme. Bien que tous les rapports et toutes les enquêtes aient démenti ces allégations, la presse n’a pas arrêté de marteler les mêmes mensonges. Nous avons tous assisté, pendant la Coupe du monde 2022, à un déferlement de campagnes médiatiques qui accusaient Doha de tous les maux. 

Les médias n’ont pas rencontré de difficulté à mener ces campagnes de diffamation, car ni les autorités françaises ne sont intervenues pour mettre fin aux mensonges, ni les Qataris n’ont pris de mesures de rétorsion. Ces mêmes narratifs continuent toujours de circuler, où le pays est désigné comme une cible parfaite. Doha cristallise tous les fantasmes de l’extrême droite : arabe, musulmane, riche, lointaine et sans défense.  

Comment conjuguer les deux versions ? Comment « un ennemi » pourrait-il être décrit comme un partenaire stratégique dans le secteur énergétique, les contrats d’armement, la coopération militaire et sécuritaire et la lutte contre le terrorisme ? Comment un partenaire de la France est-il défini, dans ses médias, comme « un État qui finance le terrorisme et l’entrisme islamiste » ? Où s’arrête la fiction et où commence la réalité ? Comment les deux positions cohabitent-elles dans le même discours ? Dire que le discours médiatique diffère du discours politique ou affirmer que les médias ne représentent pas la position officielle de l’État n’épuise pas la réponse et ne dit pas toute la vérité sur ce cas particulier. La raison de cette interrogation réside dans la singularité du cas du Qatar, non seulement en France, mais dans toute l’Europe. Le pays est à la fois un allié solide et un ennemi à redouter. Qui croire ?

Il est certain que Doha représente un modèle inclassable qui diffère considérablement de tous les modèles arabes ou de ceux des pays du Golfe. Par sa volonté d’être un acteur régional et international, le pays a pris le risque de s’attirer les foudres des gardiens du statu quo et de l’immobilisme arabe. Comment un petit pays ose-t-il s’impliquer dans des questions internationales réservées aux « grands » ? Comment un minuscule État réussit-il à organiser avec une Coupe du monde, à avoir Al Jazeera, à jouer le médiateur international ? À transformer un pays en leader énergétique mondial ? 

Il est important de signaler, avant tout que le Qatar avait forgé une personnalité politique bien distincte. Il a soutenu la liberté de la presse depuis la création d’al Jazeera par le Cheikh Hamad bin Khalifa al Thani. Il a refusé de combattre les révolutions du printemps arabe et a défendu la volonté populaire contre la répression des régimes. Il a aussi dénoncé les coups d’Etat militaires et les massacres commis par les forces de sécurité contre les manifestants pacifiques. Il a reconnu les régimes issus des élections ayant suivi le printemps arabe surtout en Tunisie et en Egypte, bien que l’occident ait refusé de reconnaître la légitimité des vainqueurs de ces élections sous prétexte qu’ils sont issues de la mouvance des « frères musulmans ». Tous ces choix ont d’un côté démarqué les qataris des autres pays arabes et surtout des autres monarchies du Golfe et ont d’un autre côté échafaudé les conditions de la guerre médiatique contre le Qatar.     

 Reconstruire la confiance.

Il est plus que nécessaire aujourd’hui pour la France et pour le Qatar de rétablir une confiance durable et de placer les intérêts des deux pays avant toute autre considération. Il ne s’agit pas d’un choix circonstanciel, mais d’une nécessité contextuelle où les deux pays ont plus que jamais besoin l’un de l’autre. Le Qatar a besoin de Paris pour maintenir ses intérêts et ses investissements en Europe et pour bénéficier d’un soutien diplomatique et politique important sur la scène internationale. Quant à la France, elle a besoin de Doha pour booster les investissements étrangers sur son sol et maintenir un approvisionnement permanant en produits énergétiques. Avoir un partenaire fiable au Moyen-Orient et plus particulièrement dans le Golfe est une condition nécessaire pour la souveraineté de Paris et ses intérêts dans le monde arabe.

Par ailleurs, ce choix stratégique ne correspond pas aux intérêts de certaines puissances y compris certains régimes arabes qui ont fait de la guerre contre Doha un choix et une doctrine. Ce sont ces mêmes pays qui ont soutenu les coups d’état contre les élections et le processus de transition démocratique dans le monde arabe. Ce sont les mêmes pays ayant dirigé les massacres contre les populations civiles au Soudan et au Yémen. Pour eux et pour leurs relais en France, le modèle qatari ne doit pas exister, car il menace directement de dévoiler leurs crimes commis contre les sociétés arabes.

La victoire du PSG est un témoin de la réussite commune entre Doha et Paris. Elle témoigne de la capacité des deux acteurs à soulever les défis et à partager la construction d’un partenariat stratégique sur le long terme. Les défis pour les deux protagonistes sont grands surtout après les récents événements dans le Golfe arabique et la crise énergétique mondiale déclenchée par les aventures hasardeuses de Donald Trump. Ceci va dépendre de la volonté de Paris à rétablir plus d’équilibre dans sa relation stratégique avec Doha en neutralisant les compagnes de dénigrement et les accusations fallacieuses. Quant à Doha, elle a, depuis le règne du cheikh Hamad puis le cheikh Tamim bin Hamad al Thani, choisi Paris comme premier partenaire stratégique européen. Ceci ne doit en aucun cas dépendre des aléas du contexte ou des querelles entre partis politiques surtout en France, mais devrait s’inscrire dans une vision stratégique stable et permanente. Il est dans l’intérêt de la France de préserver ses relations avec le Qatar qui a démontré son engagement dans tous les dossiers communs avec Paris.    

La présence française au Moyen-Orient et dans le Golfe demeure un facteur de stabilisation pour tous les pays de la région, car elle permettrait d’un côté de minimiser l’effet de l’hégémonie américaine et d’engager d’un autre côté les éléments de la coopération stratégique en matière de sécurité et de défense. Les Américains n’ont pas réussi malheureusement à stabiliser une région extrêmement sensible qui a toujours besoin d’autres acteurs ayant plus de connaissance et de maîtrise de la gestion des sensibilités régionales.  

 Le nouveau contexte.

De plus, le récent contexte engagé par la dernière guerre dans le Golfe entre l’Iran, les Etats Unis et Israël va certainement mettre en place de nouvelles variables. Ces variables sont les nouvelles conditions qui vont définir les choix stratégiques de Doha et de tous les pays du Golfe après les attaques qu’ils ont subi. Selon le discours de plusieurs hauts responsables régionaux, les pays du CCG vont revoir leur partenariat stratégique et leurs systèmes de défense. Ceci place la France dans un contexte plus privilégié comparé aux autres pays européens vu l’engagement de Paris dans la défense des pays du Golfe contre les attaques iraniennes. Le gouvernement français a rappelé à plusieurs reprises qu’Israël devrait agir dans le cadre de la loi internationale et doit cesser ses agressions contre les pays de la région surtout au Liban. 

Sur un autre front, la Syrie commence à retrouver ses forces en prenant le chemin de la reconstruction après quatorze années de guerre civile et de crimes de guerre commis par le régime Assad et les milices iraniennes. Sur ce dossier, les Qataris comme les Français sont bien placés pour aider le pays à se reconstruire et à intégrer la communauté internationale. Pacifier le Liban à partir de la Syrie est également un dossier qui pourrait réussir avec une alliance franco qatarie. Ce nouveau contexte est une grande chance pour les deux pays et pour toute la région où la réussite est conditionnée par un accord de principe qui fait gagner les deux pays comme c’était le cas pour le PSG. 

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